Le rétablissement

Une proposition de définition

Chères curieuses, chers lecteurs, je vous présente aujourd’hui une définition de la notion de rétablissement, qui commence à se diffuser en France depuis le début des années 2010. Le texte est construit depuis le point de vue de l’usager, dans la tradition du mouvement social qui a fait émerger cette philosophie. C’est la définition avec laquelle je navigue, elle me sert de base pour expliquer le rétablissement autour de moi, pour échanger avec mes pairs et avec les professionnels et les acteurs institutionnels et associatifs avec lesquels je travaille. Elle est ainsi volontairement concise et didactique. Elle est aussi faite pour être partagée (avec mention de mon nom, de la date de publication et du blog). Restez jusqu’à la fin: je vous propose une mini-médiathèque. Bonne lecture!

Le rétablissement en psychiatrie est une notion relativement récente, qui a émergé aux États-Unis dans les années 70. Elle trouve un écho en France dans les pratiques de psychothérapie institutionnelle ou dans les idées de l’antipsychiatrie. Elle recouvre à la fois un mouvement d’usagers, une philosophie et des pratiques professionnelles. Aujourd’hui, nous avons envie de vous en proposer une définition, depuis notre point de vue d’usagers.

Quand on se rétablit d’un rhume, d’une jambe cassée, ou même d’un cancer, le rétablissement désigne l’absence de symptôme, or, le rétablissement en psychiatrie, ce n’est pas l’absence de symptôme, c’est une question de ressenti, de satisfaction, même si des symptômes persistent ou peuvent réapparaître. Ainsi, le rétablissement n’est pas associé à une absence de handicap. Le rétablissement c’est un parcours, et une appréciation de ce parcours.

L’idée principale du rétablissement, c’est que, malgré la maladie, malgré des symptômes qui persistent, il est possible de se construire une vie qui a du sens. Se rétablir, c’est reprendre confiance en soi pour mieux défendre ses intérêts, s’autodéterminer, opérer des choix de vie et retrouver un sentiment de responsabilité envers soi-même. La notion d’espoir est indissociable de celle de rétablissement.

Se rétablir, ou être en rétablissement, c’est accepter ses rythmes, ses limites et les difficultés du moment, et être prêt à essayer de nouvelles choses, à se construire de nouveaux outils, rendre possible la réussite tout en acceptant qu’échouer fait partie de ce cheminement fait de petits pas, de pas de géants et de pas en arrière. Se rétablir, c’est devenir son meilleur ami et célébrer toutes les victoires, des plus petites aux plus grandes.

Chacun peut composer ce qui façonne son rétablissement. Cela peut être de s’entourer de personnes bienveillantes, de faire du sport ou une activité artistique, du bénévolat, travailler, passer du temps dans la nature… L’idée n’est pas, surtout pas, de rentrer dans une case !

On peut se rétablir sans la psychiatrie. Mais si on le choisit, l’éducation et la rééducation thérapeutiques, accompagnés ou non de médicaments peuvent faciliter le rétablissement et aider à gérer les expressions symptomatiques. Pour se rétablir, il est important d’être acteur de son parcours de soin, et de former des partenariats avec des thérapeutes qui valorisent l’expérience, les savoirs et les ressources du patient.

Le soutien entre pairs, entre personnes qui se reconnaissent dans des expériences de vie communes ou similaires, est aussi très important : le partage de récits, d’expérience et d’outils sont des adjuvants déterminants du rétablissement.

Ce modèle, ne nous met pas en compétition. Il n’y a pas de bon ou de mauvais patient, chaque parcours est unique, singulier. Le rétablissement s’adresse à tous. De plus, se rétablir ne repose pas que sur les épaules de l’individu, mais bien sur celle de son entourage, de la communauté et de l’ensemble du corps social.

La philosophie du rétablissement va contre l’idée, encore très largement répandue, que la maladie psychique est figée, irrémédiable. Elle affirme que les symptômes qui s’expriment dans la maladie psychique sont une continuité de la norme, qu’il n’y a pas de rupture entre la folie et ce qui fait norme. La folie est ainsi une question de degré, d’intensité, de douleur et d’incapacité. Malheureusement, aujourd’hui encore, la folie semble rester dans le regard social un changement de nature…

La lutte contre la stigmatisation est une composante importante du rétablissement. En 2022, il est grand temps que l’on nous considère comme des semblables, et non comme des monstres violents ou des victimes !

Outre la stigmatisation très répandue des personnes concernées par des troubles psychiques ou des maladies mentales, il existe de très nombreux freins au rétablissement, qu’il s’agisse d’un système de soin défaillant, de thérapies qui reposent exclusivement sur les traitements médicamenteux, de discriminations, du manque d’information, de difficultés d’accès au soin, ou à l’emploi…

Aujourd’hui, le rétablissement est largement répandu dans les pays anglo-saxons et en Europe du Nord, où il est accompagné de larges campagnes de lutte contre les stigmatisations. La mise en pratique des principes du rétablissement y a des effets bénéfiques mesurables, pour les patients et pour leurs familles mais aussi pour l’ensemble de la population.

En France, la notion de rétablissement se répand timidement depuis 2010. Les pratiques professionnelles orientées rétablissement restent isolées et marginales, nous ne pouvons que souhaiter que la philosophie du rétablissement soit inscrite dans l’organisation des structures de soin et dans les directives politiques de santé mentale.

À la folie,

Sarah Jolly

Mini-médiathèque pour aller plus loin:

Crip Camp: A Disability Revolution La Révolution des éclopés :

Nicole Newnham et James LeBrecht, 2020, documentaire qui utilise des images d’archives et suit un groupe de militant pour les droits des personnes en situations de handicap, dont Judi Chamberlain. disponible sur la plateforme Netflix

On Our Own: Patient-Controlled Alternatives to the Mental Health System :

Judi Chamberlain,1978, McGraw-Hill Inc.,US, texte standard pour mouvement des survivants de la psychiatrie,texte fondateur de la Mad Pride. traduction d’Antonin Cortot disponible sur le site de Comme des Fous: https://commedesfous.com/par-nos-propres-moyens-judi-chamberlin/

La perspective du rétablissement : un tournant paradigmatique en santé mentale:

Bernard Pachoud, 2018, Les Cahiers du Centre Georges Canguilhem (2018/1, n°7), pp 165 à 180, l’auteur invite à s’intéresser aux changements profonds, éthiques et pratiques, impulsés par la philosophie du rétablissement https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-du-centre-georges-canguilhem-2018-1-page-165.htm

Se rétablir:

Lisa Mandel, 2022, Exemplaire, BD, l’autrice enquête sur la notion de rétablissement et met en valeur les récits de rétablissement de personnes concernées.

Plaidoyer en faveur d’un discours du rétablissement:

Sarah Jolly, 2020, unesibellefolie, Une approche plus personnelle: le récit de mon parcours de rétablissement https://unesibellefolie.com/2020/11/08/plaidoyer-en-faveur-dun-discours-du-retablissement/

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