Crochet!

Je souhaite inaugurer cette série « Boîte à outils » par un adjuvant qui est aussi joyeux et léger qu’il m’est précieux.

Avertissement : Cet article contient des objets dangereux.

Ah ! Comme je pourrais en écrire, des mots d’amour, à mon crochet ! C’est comme une extension de ma main, c’est aussi un havre de paix.

Crocheter des heures, méditer en somme, des heures et des heures. Le geste répétitif, piquer, tirer, couler, piquer, tirer, couler… La laine qui file, et son pouvoir hypnotique. Parfois, à chaque point, réciter un mantra, ou juste « Je suis là, tout va bien ».

Aussi le choix du motif, créer du neuf, produire de l’utile, dans les temps de joie comme lors des longs coups d’arrêt. Faire de beaux cadeaux, dont la valeur est souvent inestimable au vu du temps passé à les réaliser. Une satisfaction, une preuve que quelque chose se meut encore, là, tapie sous une couverture en apparence stérile.

Et les couleurs, et la gamme des points, et tous leurs jeux !

Parfois, dans les moments d’extrême tension ou de presque abandon, j’ai attrapé mon crochet juste pour enchaîner des points, comme ça, pour rien. Comme le seul fil qui me raccroche, littéralement, à la vie.

Même si j’ai de moins en moins de longues périodes noires et sans envie, il m’arrive encore fréquemment d’être à côté de mes pompes quelques jours : je n’ai pas envie ni de sortir ni de voir du monde, et la brume des idées moches prend possession de mon esprit. Dans ces moments, attraper mon crochet est devenu un réflexe. Je crochète du matin au soir en m’efforçant de garder des horaires de veille et de repas correct, et d’aller marcher un peu. Je me laisse aller deux ou trois jours, et quand enfin l’envie d’émerger de ma grotte me prends (ou la nécessité de me mettre un gros coup de pied…), j’ai la satisfaction d’avoir fini ou du moins bien avancé un vêtement ou un objet de déco. Le crochet est ma meilleure arme contre les journées de rien qui tétanisent.

Et l’anecdote, par ce que j’aime prendre les médecins pour des… clowns.

À l’HP, portes fermées fermées, sauf pour l’heure que je passe dans le parc. Je demande au psychiatre si mes proches peuvent m’apporter mon crochet pour que je m’occupe, pendant mes permissions d’air frais. Juste quelques secondes, et puis un non, fermé, fermé. Non, je ne peux pas.

Je meurs d’ennui et me languis de mon amour…

Dix jours plus tard, le temps qu’il faut pour mon nouveau rendez-vous imposé. Le savant psychiatre me dit : « Je me suis renseigné, j’ai vérifié, ce n’est pas dangereux, vous pouvez. ». Avant d’en être heureuse, je suis hébétée de tant de bêtise suspicieuse.

A vos crochets, vos pinceaux, vos grelinettes et vos rabots ! Santé !

J’aime le crochet, à la vie, à l’amour !

À la folie !

Sarah

2 réflexions au sujet de « Crochet! »

  1. Bonjour Sarah,
    Je découvre ton blog grâce à ton post sur le compte fb « Ta psychophobie m’envahit ». J’adore ton style littéraire. Merci pour ces partages. A bientôt !

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