Récit d’un Coming Out (2nde partie)

Je m’appelle Sarah Jolly, je suis une Folle Alliée.

Dans une première partie de ce « Récit d’un Coming Out » (1) publiée récemment, je vous proposais une réflexion autour de la notion de coming out, autour de la façon dont j’ai choisi et je choisis d’aborder mes troubles de l’humeur avec ma famille, avec mes amis et avec celles et ceux qui croisent ma route. Dans cet article, je vous raconte combien j’ai toujours été plutôt volubile à ce sujet. Si j’explique de quelle manière cette attitude à pu parfois me desservir, j’y souligne aussi combien parler ouvertement et largement de mes difficultés m’a été bénéfique dans ma vie personnelle.

J’aimerai aujourd’hui poursuivre cette réflexion en partageant avec vous comment j’ai négocié cette problématique, celle de dire ou ne pas dire, dans ma vie professionnelle.

Si j’ai cultivé et chéri un rapport assez franc et simple dans la manière dont je confie mon parcours de psychiatrisée dans ma vie personnelle, il n’est pas aisé d’en faire de même auprès de ses employeurs ou de ses collègues.

C’est un peu artificiel de séparer ainsi vie privée et vie professionnelle, tant elles sont souvent entremêlées. J’espère que vous me pardonnerez ce découpage sauvage, et profiterez tout de même de cette invitation.

De la même manière, comme je l’avais précisé dans mon premier article, je ne souhaite donner de leçons à personne, et les réflexions que je vous propose sont très personnelles.

J’aimerai commencer par dire qu’aujourd’hui, je suis tout à fait à l’aise avec le fait d’être publiquement étiquetée «bipolaire », « folle » ou « psychiatrisée ». Cette aisance est à la fois le fruit d’une réflexion au long cours, et des champs professionnels dans lesquels je souhaite opérer. C’est une vraie décision que j’ai prise !

Pour autant, avant que je ne choisisse d’être autrice et militante pour les droits des usagers de la psychiatrie, j’étais beaucoup, beaucoup plus réticente à discuter de ma problématique de santé auprès d’éventuels employeurs, de mes supérieurs hiérarchiques ou de mes collègues !

J’étais réticente, mais je n’étais pas non plus absolument déterminée à ne le dire à personne. J’évaluais les risques liés à la révélation de ma bipolarité, j’évaluais aussi si cette annonce aurait des conséquences bénéfiques sur mon quotidien au travail, et, enfin et surtout, j’essayais d’évaluer au mieux le rapport de confiance qui existait entre moi et mon ou mes interlocuteurs.

À chaque fois que je me suis confiée, les répercussions de cette confidence ont été bénéfiques.

Avant de vous raconter comment et dans quel cadre professionnel j’ai pu m’exprimer, j’ai toutefois envie de souligner qu’un moment est particulièrement sensible et peu propice à déballer ses difficultés psychiatriques ou psychologiques. Ce moment, c’est celui de l’embauche, des entretiens et des périodes d’essai. Comment présumer, sans connaître la personne qui a le pouvoir de nous embaucher, de sa capacité à être compréhensif, accueillant et bienveillant, quand les grandes tendances sociétales à notre égard sont encore très largement la peur et le rejet ? Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais c’est un pari que je n’ai jamais été capable de faire à l’aveuglette !

Pour contrer cet immense obstacle, je ne vois pour ma part que deux solutions.

La première est que le retour vers l’emploi soit accompagné, par Cap Emploi par exemple, ou par le biais d’une association, ce qui laisse présumer que l’employeur soit sensible aux difficultés des personnes qu’il emploie, et/ou qu’un relais ou une médiation est possible en cas de conflit. Pour ma part, j’ai eu la chance d’avoir des conseillers Cap Emploi très « jovials » et compréhensifs, ce qui est déjà merveilleux. Mais entre mes bagages universitaires et mes envies d’artisanat, de concours pour devenir bibliothécaire et d’école pour devenir guide touristique qui ont émaillées ces dernières années un brin « dans quel étagère », il n’avaient en fait, rien à me proposer si ce n’est un rendez vous cordial tous les deux mois… Je serais ravie d’entendre votre point de vue sur les services proposé par Cap Emploi, je sais que certain de mes amis ont pu profiter d’un parcours qui leur convenait, n’hésitez pas à commenter ou à envoyer un petit mail ! Sans plus de digression, continuons, si vous le voulez bien.

La seconde est de pouvoir bénéficier d’une proposition qui émane de notre entourage plus ou moins proche. Oui, j’ai dit : bénéficier d’un piston. Le monde du travail est un peu fait ainsi, non ? Après l’apparition des troubles, en 2012, j’ai d’abord été assistante d’éducation (surveillante) dans un lycée en 2013-2014, j’en parlerais un peu plus tard, puis j’ai tenté en 2014 une reprise d’étude, avortée avant Noël. J’ai ensuite, pour mon plus grand bien, suivi un cycle de psychoéducation qui m’a occupée jusqu’à la fin du printemps 2015. J’ai réussi à décrocher un nouveau poste d’assistante d’éducation pour la rentrée 2015. J’étais terrifiée de cette rentrée, je n’avais pas travaillé depuis plus d’un an, et l’année scolaire 2013-2014 s’était terminée par une belle phase maniaque, une hospitalisation et un arrêt maladie.

Ma tante m’a invité à appeler une de ses collègues de travail qui dirigeait un camp d’été à Oléron, et cherchait une animatrice. Je n’avais jamais été animatrice, mais grâce à mes expériences d’assistante d’éducation j’avais l’habitude de la vie quotidienne avec les ados. Par un des ces sursauts de courage qui restent encore aujourd’hui mystérieux, j’ai décroché mon téléphone et un rendez-vous avec M. . Je suis tombée sur une personne fabuleuse. Elle m’a expliqué ce qu’elle attendait de moi, avant de me demander si j’avais des besoins particuliers, et promis qu’elle serait à l’écoute et que mon programme pourrait être un peu adapté si nécessaire. Le camp s’est super bien passé, M. s’est pliée au jeu de me tirer de mon duvet le matin, et j’ai assuré mes missions avec plaisir et bonne humeur. Seule ombre au tableau, avec la forte chaleur, mes jambes ce sont mises à gonfler et sont devenues deux poteaux douloureux. Ce bel effet secondaire d’un de mes traitements m’a valu certains de mes plus grands moments d’élégance, tel celui de surveiller et jouer avec les ados sur la plage, en maillot de bain, avec des bas de contention couleur chair. Je digresse.

C’est la seule fois où mes difficultés ont été abordées dès l’embauche, et que des propositions concrètes d’aménagement ont été avancées avant ma prise de poste.

En 2013-2014 et 2015-2016, j’ai, comme je l’ai dit plus haut, occupé des postes d’assistante d’éducation.

En 2013-2014, je travaillais dans un lycée à trois quart temps : une journée et demie et deux nuits d’internat. Je suis recrutée au printemps. Je suis alors en train d’aller doucement mais sûrement vers la manie. À l’entretien, j’apparais comme la recrue idéale : j’ai de l’expérience, plein d’énergie, je suis charismatique. Nous autres « bipos » connaissons bien ces moments où nous sommes « nous, en mieux », ces moments juste avant la bascule… Cette bascule est arrivée, car en 2014, j’étais bien incapable de dompter quoique ce soit, et j’ai passé un début d’été en chambre d’isolement. Quand je suis arrivée à la rentrée, je pataugeais dans une belle dépression. J’étais terrifiée. Je n’arrivais pas du tout à accrocher avec mes collègues de journée, et je priais pour que les élèves ne remarquent pas que je tremblais d’angoisse.

J’ai tenu bon, et si j’ai tenu bon, c’est parce que j’avais la chance de retrouver des collègues merveilleuses le soir à l’internat, et que le tête à tête avec R. et L., plein d’humour et de partage offrait un parfait contrepoids aux douloureuses journées. Auprès d’elles, je me suis confiée très vite, elles ont été supers, très simples, et curieuses aussi de comprendre ce que je vivais, et… elles me tiraient du lit le matin. R. surtout, ce soleil, m’a réapprit que je pouvais être prise de fou rire. Une belle amitié est née et elle n’omet pas de me mettre une petite piqûre de rappel chaque fois que je la vois.

Est-ce qu’elles auraient pu choisir d’en parler aux autres collègues ? Oui, mais quand je suis face à des gens vraiment gentils, prêts à rendre service, à partager les tâches de manière équitable, à organiser le travail ensemble, en qui j’ai vraiment confiance et à qui je raconte déjà moult détails de ma vie privée, j’ai envie de tenter ma chance !

Après les vacances de la Toussaint, j’avais assez récupéré pour me sentir à l’aise et pour avoir enfin l’impression de faire du bon travail. Mes rapports avec mes collègues de journée s’étaient aussi améliorés. J’avais tout de même peur d’une rechute, peur que tout vole en éclat de nouveau. J’avais de très bon rapports avec O., qui était conseillère d’éducation et ma conseillère hiérarchique. Elle était très juste avec nous, et avec les élèves, surtout avec ceux qui avaient des besoins spécifiques, ce à quoi j’étais sensible.

J’ai sollicité une entrevue, nous avons convenu d’un moment au calme, le soir, à l’internat. Elle m’a écouté, m’a posé quelques questions sans être trop intrusive. Elle m’a avoué qu’elle avait eu l’impression d’avoir embauché une jeune femme très différente de celle qui s’était présentée à la rentrée, et dit que c’était bien que je reprenne des couleurs. Que, malgré tout, elle était satisfaite de mon travail et de mon implication. Elle a été transparente sur le fait qu’elle en parlerait au proviseur adjoint, mais qu’elle respectait tout à fait mon choix de ne pas en parler à mes collègues de journée. Je l’ai rassurée sur le fait que la manie ne se mettait pas en place en cinq minutes mais plutôt sur plusieurs jours ou plusieurs semaines. La seule règle dont nous avons convenu, c’est qu’il était plus prudent pour tout le monde que je prenne un arrêt maladie le plus tôt possible si j’en ressentais.

Au printemps, un nouveau virage maniaque s’est présenté. J’ai pris un arrêt. Lorsque je suis revenue pour effectuer les toutes dernières semaines, O., R. et L., et aussi mes autres collègues, ont gardé la même attitude à mon égard, ce qui était très important pour que je puisse finir l’année la tête haute, bien que péniblement.

Lors de l’entretien de fin d’année, O. m’a fait comprendre que je pouvais garder ma place si je le souhaitais. J’ai décliné, j’avais pour projet de reprendre un master.

Est-ce que j’ai risqué ma place par ces aveux ? Je ne crois pas, sincèrement. Peut-être que si j’avais commis une faute grave, ils auraient pesé dans la balance pour accélérer une sanction ou un renvoi. Mais c’était là un scénario catastrophe et j’étais en train d’apprendre à ne pas toujours imaginer le pire. Peut-être l’attitude de O. à mon égard aurait pu changer, mais, là encore, j’avais confiance en elle. Est-ce que, parce que je travaillais dans le secteur public, plutôt que dans le privé, j’ai pris risque moins grand ? Probablement. Est-ce que, parce qu’il s’agissait d’un CDD d’un an, j’ai pris un risque moins grand ? Peut-être. Avec des si…

Quand j’ai repris un nouveau poste d’assistante d’éducation en 2015, cette fois dans un collège, j’étais enorgueillie par mon expérience estivale d’animatrice que j’ai décrit plus haut, et j’ai pris mes fonctions à peu près sereine. Des liens d’amitiés se sont développés avec mes collègues A. et L., auprès desquelles je me suis confiée. Elles ont honoré avec brio la confiance que je leur offrait.

J’allais déjà mieux, en 2015-2016, je savais que je faisais du bon travail, et j’avais moins peur d’une rechute. Je n’en ai pas parlé à mes supérieurs hiérarchiques. Je n’en avais pas besoin et… c’était des gros «^& !!.

Ces différents emplois, occupés entre 2013 et 2019 font partie intégrante de mon parcours de rétablissement. C’est grâce à ces expériences qu’aujourd’hui je peux aborder sereinement ma vie professionnelle, et aborder sereinement aussi, d’être seule aux commandes. Si j’ai pu garder un lien avec l’emploi, même si cette période est émaillée de grandes phases chômées, c’est parce que j’ai trouvé en chemin des personnes assez bienveillantes pour m’accompagner et s’adapter à mes besoins.

Toutes les personnes vers lesquelles je me suis tournées ont eu une attitude positive ! J’en éprouve beaucoup de gratitude.

Le dernier emploi que j’ai occupé avant de me lancer dans l’écriture pour de bon, c’est celui de Program Director, titre pompeux qui veux dire guide touristique + animatrice + coordinatrice logistique + … Un job couteau suisse effectué dans le cadre de croisières sur la Seine en encadrant un groupe d’une quarantaine de touristes pendant 12 à 19 jours. Des journées doubles, très peu de temps pour moi, ne serait-ce que pour aller aux toilettes et des responsabilités costaudes. J’ai adoré, je m’entraînais comme Rocky avant chaque croisière et il me fallait une semaine pour m’en remettre mais c’était génial. J’ai fait quatre croisières, c’était super valorisant et ça rapportait gros.

Vu la teneur du boulot, je me suis interdit de parler de mes soucis de santé ou de mon travail d’autrice et de militante à mes collègues et à mes recruteurs, et je sais que j’ai bien fait. C’était un peu frustrant, car j’ai vraiment accroché avec certains collègues et leur cacher des pans entiers de ma vie, les manifestations du trouble mais aussi tout mon travail militant, à empêché que se forme des relations plus profondes.

Je pense que tous les métiers très stressants, avec beaucoup de responsabilités, avec un volume horaire de travail délirant ne sont pas très adaptés à nos problématiques de santé sur du long terme. Mais cela peut aussi être un choix, de mettre son énergie d’abord dans le boulot ! Je suis quelqu’un qui adore beaucoup travailler, mais j’ai aussi besoin de temps de récupération. Si l’expérience des croisière a été fabuleuse et si j’y ai énormément appris, je ne veux pas tenir de telles cadences en continu !

Cet été, alors que la boîte de croisière reprenait ses activités après un long break covid, j’ai décidé que je ne rembaucherais pas, ni alors, ni plus tard. J’ai envie de garder toute mon énergie pour des travaux qui font vraiment sens pour moi.

Comme une truffe, j’ai pensé qu’il serait bon d’envoyer aux deux managers une bafouille racontant un peu ce que je fais dans la vie, et de les inviter à lire le blog. Je crois que c’était une envie de faire de la pédagogie un brin mal placée. Aucun des deux ne m’ont répondu. Ce n’est pas très grave, mais, du coup, j’ai juste vraiment cramé la possibilité de retravailler avec eux, quand j’aurai pu conserver cette possibilité.

En introduction, je vous annonçais que j’assume aujourd’hui publiquement de souffrir de troubles de l’humeur. Avant de conclure, j’avais envie de vous raconter ce cheminement, qui a vraiment débuté au printemps 2020.

Quand j’ai lancé Une Si Belle Folie, j’aurai vraiment aimé signer tout de suite de mon nom complet. Ça faisait déjà vraiment sens pour moi, c’était une évidence, que pour prétendre défendre nos droits, il me fallait être prête à « me mouiller » personnellement. Mais je n’étais pas prête.

Jusqu’à aujourd’hui, j’ai donc vraiment fait attention à ce que ma (maigre!) présence en ligne ne rendent pas les informations qui concernent ma santé trop accessibles, pour que des collègues ou des recruteurs ne puissent y accéder. Je suis ravie que cette époque soit révolue !

Nous vivons une époque ou nos pairs sont de plus en plus nombreux et nombreuses à quitter l’anonymat. Mais j’étais encore engagée auprès de la boîte de croisière, et je n’étais pas tout à fait prête, en partie parce que j’avais besoin de renforcer mon envie et mon aptitude à écrire, j’avais besoin que ce projet fou, celui d’écrire et d’en vivre, paraisse ne serait-ce qu’un peu réaliste.

Je n’étais pas prête, mais j’ai commencé à me préparer. J’ai rejoint à l’automne 2020 le Conseil Rennais en Santé Mental (CRSM) et le collectif SISM de Rennes, auxquels j’ai participé activement, rencontrant d’autres usagers, des professionnels de santé, du social, des représentants de familles et d’associations, des acteurs institutionnels, chaque fois en tant que « Sarah Jolly, autrice, usager de la psychiatrie ». Si ces liens ce sont d’abord créés dans un cadre où j’intervenais en tant que bénévole, rapidement, mon travail d’autrice y a été intimement lié. J’ai donc évolué toute l’année 2020-2021 dans des espaces ou ma problématique de santé était prise en considération, ou elle ne posait aucun problème.

Dans ma vie privée, ces nouvelles activités ont aussi un peu bousculé mes habitudes. Si j’ai appris, avec le temps, à ne pas l’annoncer à tout le monde au bout de cinq minutes et à ne m’entourer que de personnes respectueuses de mon vécu, c’est devenu ces derniers mois une tâche compliquée, car très souvent surgit un « tu fais quoi dans la vie ? ». J’adore ce que je fais, je suis vraiment passionnée. La quasi totalité de mes activités d’autrice et de militante gravitent autour des questions liées à la psychiatrie. Quand je sens que cette question n’est qu’une forme de rhétorique de politesse, ou que les échanges sont peu propices à la formation d’atomes crochus, ce n’est pas très difficile de m’arranger un peu avec la réalité ou de simplement dire : « Je travaille sur des projets qui vise à déstigmatiser les troubles psychiques ». Mais quand la personne que j’ai en face de moi est vraiment sympa, et semble vraiment intéressée d’entendre ma réponse, je n’ai pas envie de mentir.

De plus, si je ne me sens en aucun cas responsable de faire l’éducation de chaque individu qui croise ma route, quand le courant passe bien, ça ne fait pas de mal de semer quelques graines !

Assez rapidement, il s’est formé au sein du CRSM un projet de théâtre documentaire autour de la façon dont les médias (information et fiction) participent de la stigmatisation des personnes concernées par des troubles psychiques ou des maladies mentales. L’écriture et la mise en scène nous ont été confiées à Thierry Beucher et moi. Si ce projet vous intéresse, j’en raconte la genèse dans un précédent article. (2)

Près d’un an et demi après le lancement d’USBF, le 9 octobre 2021, très exactement, nous avons donné à Rennes, une première représentation de ce projet qui continue d’évoluer. Pour la première fois, mon prénom et mon nom figuraient sur la communication d’un événement public. La représentation a réuni une cinquantaine de personnes, et nous travaillons à diffuser notre projet plus largement.

J’ai la chance immense, de par la nature des groupes qui soutiennent ce premier « vrai » projet d’autrice, de disposer de l’écoute, de la compréhension et la bienveillance qui me sont vitales pour assumer toutes ces premières fois qui, vous l’imaginez, bousculent et emmêlent mes émotions.

Je suis vraiment méga fière de moi et du chemin parcouru !

Oh ! Quand je ne suis pas sur une plage d’Oléron, je n’ai pas les chevilles trop enflées, en tout cas je ne crois pas. Je sais que cette représentation et la communication autour de cet événement, et mes articles sur USBF ne touchent pas des milliers de personnes (la qualité plutôt que la quantité, chers lecteurs, chères curieuses!), mais je suis fière de participer à mon échelle au travail de déstigmatisation qui est cruellement nécessaire.

Quand on exerce un métier ou une fonction très publique, je comprends tout à fait qu’il soit difficile de s’exprimer sur ses difficultés. Je pense que c’est à chacun de jauger les risques qui pèseront sur sa carrière et sur son quotidien au travail. Mais je pense aussi que, lorsqu’on exerce un métier public, quand ont dispose d’une plate-forme large pour s’exprimer, et que nos paroles sont largement diffusées, cette plate-forme s’accompagne de responsabilités. Notre lutte ne pourrait que bénéficier de personnalités publiques qui s’engagent. Il en existe déjà, mais elles sont trop peu nombreuses.

Je ne demande à aucun de mes pairs, connus ou non, de se « sacrifier » pour la cause, mais vous invite plutôt à réfléchir à la manière dont, depuis l’endroit ou vous vous trouvez, vous pouvez participer à rendre ce monde plus accueillant pour nous tous.

Pour conclure, ce que j’avais envie de partager avec vous, c’est que je crois qu’il est bon que ce dialogue interne autour de « dire ou ne pas dire » évolue au grès de votre parcours.

Oui, on ne peut peut-être pas tout dire à tout le monde, et peut-être pas tout de suite. La confiance est quelque chose qui se développe avec le temps. Peut-être qu’un bon moyen de savoir si quelqu’un est digne de vos confidences est de d’abord l’écouter parler des autres, de voir comment il ou elle participe ou non à « radio-collègues », et de se poser quelques questions. Est-ce que ce ou cette collègue se confie à moi ? Est-ce que je sais déjà d’elle ou de lui des choses privées, potentiellement « compromettantes » ? Est-ce que nos discussions ont fait émerger une sensibilité à l’égard des troubles psychiques ? Est-ce que nous sommes dans un rapport de solidarité ? Est-ce que j’ai assez d’alliés pour pouvoir assumer de m’être trompé et d’avoir fait confiance à un ou une imbécile ?

Garder ce dialogue ouvert, c’est se laisser la possibilité de trouver de réels soutiens, dans un univers professionnel qui est souvent sans pitié à notre égard. Ces soutiens peuvent permettre de nous offrir les aménagements dont nous avons besoin. Et si nos confidences n’ont pour effet que de nous offrir quelques oreilles compatissantes, elles peuvent vraiment nous aider à mieux vivre notre quotidien au travail.

Avant de vous quitter, chères lectrices, chers curieux, je tiens à remercier toutes celles et ceux qui ont, avant moi, ouvert la voie.

À nous, Fous Alliés !

À la folie !

Sarah Jolly

  1. Pour lire la première partie du « Récit d’un coming out »: https://unesibellefolie.com/2022/01/17/recit-dun-coming-out-1ere-partie/
  2. Lien vers l’article USBF qui aborde notre projet de théâtre documentaire autour des médias et des représentations des troubles psychiques et des personnes concernées par ces troubles: https://unesibellefolie.com/2021/07/30/je-ne-suis-pas-le-fou-quils-disent-ou-les-vies-invisibles-des-folies-mediatiques/

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