6/7/21, Soleil Timide et Chantiers d’Été.

Chers lecteurs, chers curieuses,

Je suis ravie de pouvoir commencer à vous parler aujourd’hui de deux projets qui me tiennent particulièrement à cœur.

Mais avant cela, un (petit) mea culpa. Je vous ai annoncé il y a tout juste un mois que j’entamais un programme de remise en forme (1) et mon envie de partager cette aventure avec vous. J’ai voulu faire trop en même temps, ce qui est assez habituel chez moi. J’avais besoin de retrouver l’énergie et l’envie nécessaire pour traverser le mieux possible un mois de juin chargé, et c’est ce que j’ai réussi à faire. Je suis encore loin de la belle sérénité prolifique dont je me sais capable, mais une grande partie de la pénibilité que je ressentais à été levée. Je suis satisfaite du travail que j’ai fourni en juin, et petit à petit je vois se profiler la possibilité de belles plages de repos (oserai-je dire de vacances?) cet été.

Je ne laisse tomber ni l’idée de continuer à renforcer les outils dont je dispose et de me reconstruire une belle hygiène de vie, ni celle de partager avec vous les méthodes que j’emploie, la façon dont je fixe mes objectifs… Seulement, pas tout de suite, ou pas nécessairement en même temps. Affaire à suivre !

Assez paradoxalement, 2020, et 2021 ont été pour moi très riches de belles rencontres. Il y a un an, je me sentais encore très isolée, avec mon souhait de participer à l’écriture de représentations plus justes de nos vécus, avec mes envies de militer pour nos droits, avec mon désir d’aider et de soutenir mes pairs. USBF d’abord, m’a permis de me sentir moins seule, de trouver de l’écho dans le travail de celles et ceux d’entre nous qui s’engagent et se mouillent, de trouver de l’écho dans les échanges avec vous, ici ou sur les réseaux sociaux.

Au mois d’octobre 2020, je me suis rendue à quelques uns des événements proposés par le collectif de la Semaine d’Information en Santé Mentale (SISM) de Rennes. Lors de ces événements, les échanges, formels et informels ont été très intéressants. J’ai rencontré Yann, un autre usager militant, qui m’a parlé du Groupe Participations Citoyennes du Conseil Rennais en Santé Mentale (CRSM) dont il est un des co-pilotes. Je suis allée à une première réunion du CRSM, et assez rapidement, j’ai participé activement aux travaux du Groupe Participations Citoyennes du CRSM, et à ceux du collectif SISM.

Le collectif SISM se donne pour missions (ce sont les mots avec lesquels le collectif communique) de convier aux rencontres organisées lors de la Semaine d’Information en Santé Mentale un public qui n’est pas habituellement sensibilisé aux questions de santé mentale, dans un double but de pédagogie et de dédramatisation. Ces rencontres auront lieu à Rennes cette année du 6 au 16 octobre. À partir du thème annuel, il s’agit d’informer et de sensibiliser le public sur les différentes approches de la santé mentale, en rassemblant acteurs et spectateurs des manifestations, professionnels et usagers de la santé mentale, pour faire évoluer les représentations et faire connaître les ressources locales. Le collectif travaille à favoriser l’interconnaissance afin d’aider au développement des réseaux de solidarité, de prévention et de soin en santé mentale (2).

Le CRSM (ici aussi, j’emploie les mots avec lesquels le CRSM communique) est une plate-forme de concertation entre élus, professionnels de la psychiatrie, usagers et acteurs du territoire. Il permet l’interconnaissance, l’échange sur les réalités de chacun. C’est une instance de partage et de construction de réponses concrètes, qui s’appuie sur des valeurs éthiques définies par et avec les acteurs eux-mêmes, et œuvre pour la reconnaissance par tous des troubles mentaux, le droit à être différent, la défense des droits des usagers et la lutte contre la stigmatisation. L’objectif principal du CRSM est de définir les politiques locales et les actions permettant l’amélioration de la santé mentale de la population rennaise.

Le CRSM détermine les thématiques d’intérêt prioritaires dont certaines peuvent donner lieu à des groupes de travail. L’un de ces groupes, le Groupe de Travail Participations Citoyennes, a pour objectif de faire émerger les conditions favorables à la représentation et à la participation des personnes fragilisées dans leur santé mentale au sein des instances de droit commun et des structures rennaises. C’est ce groupe que j’ai rejoint à l’automne dernier.

J’étais pleine d’à priori vis à vis de ces groupes institutionnels. Mes expériences militantes semblaient aux antipodes de ce que je percevais du travail de ces assemblées. Elles étaient plus proches de l’autonomie ou de l’autogestion, ou de formes inspirées du syndicalisme. J’imaginais ces groupes comme des fabriques de consensus mous, où les intérêts des personnes concernées étaient dilués, jusqu’à presque disparaître.

Je suis ravie d’avoir su dépasser ces préjugés. J’ai découvert des espaces de réflexion et de travail ouverts, accueillants. J’ai rencontré des gens engagés, actifs, sincèrement sensibles aux problématiques qui sont les nôtres. Des pairs usagers, les adhérents de groupes d’entraide mutuelle (GEM), d’association de soutien, des aidants familiaux, des soignants, des travailleurs sociaux, et des acteurs institutionnels, militants ensemble pour le respect de nos droits et pour un accueil plus juste de nos différences.

Les collectifs SISM et les Conseils Locaux en Santé Mentale existent partout sur le territoire. Je ne peux que vous parler de mon expérience rennaise.

Même si un des objectif du collectif SISM et du Groupe Participations Citoyennes du CRSM est d’élaborer une culture commune, ce qui implique forcément des compromis, tous les points de vues sont entendus. Les membres du collectif SISM peuvent tous proposer et construire des actions, quelque soit leur statut. Le Groupe de Participations Citoyennes du CRSM, qui existe depuis cinq ans, a mené a ses début une grande enquête auprès des personnes concernées, afin de définir des objectifs et des axes de travail au plus près de leurs préoccupations. Aujourd’hui, les efforts du groupe se concentrent sur l’accès à l’emploi, le bénévolat, et les représentations médiatiques des troubles psychiques.

Je pense et je penserais toujours que notre autonomie et notre émancipation, le respect de nos droits, et l’acquisition de tous ceux que nous avons encore à conquérir, et une réforme profonde de la psychiatrie ne pourrons se réaliser sans une lutte active des personnes concernées elles-mêmes. Je pense et penserais toujours que cette lutte doit fleurir hors des cadres, qu’elle doit les dépasser. Je pense et penserai toujours que nos intérêts d’usagers, de fous et de folles, de neuroatypiques, de psychiatrisés ne se superposent jamais à ceux des soignants, ou à ceux des aidants. Il y a des ponts, des combats communs, mais nos intérêts ne peuvent être et ne seront jamais entièrement superposables.

Je pense aujourd’hui que ces deux modes de lutte ne sont pas forcément en compétition. Ils peuvent, à bien des endroits, être complémentaires. Il faut savoir, selon moi, former de belles alliances avec des alliés imparfaits, et soutenir une multiplicité et une diversité d’approches et de pratiques.

Certaines choses au cœur de la philosophie des SISM et du CRSM me hérissent le poil. En tête : la santé mentale « positive », telle que définie par l’OMS, l’idée que nous disposons tous d’un capital « santé mentale »… dont nous serions individuellement responsables. Pour moi, ces idées permettent à l’état, aux entreprises, au corps social dans son ensemble et à la psychiatrie elle-même de se désengager, de se laver les mains de nos souffrances et de nos douleurs. Mais si la « santé mentale pour tous » fait partie des leitmotiv du collectif SISM et du CRSM, il y fleurit aussi des négociations directes avec des entreprises locales ou des structures accueillant des bénévoles, la possibilité pour des usagers de s’exprimer sans filtres, de mener leurs propres actions et de solliciter des soutiens s’ils en éprouvent le besoin, ou l’organisation de conférences telle celle menée cette année pour le lancement de la SISM par Mr Ferragne, Secrétaire Général des Lieux de Privation de Liberté, autour des soins sans consentements…

Vous l’avez compris, je me suis sentie accueillie et j’ai trouvé ma place dans ces groupes. J’ai trouvé du sens à y participer, ce que j’ai fait tout au long de l’année écoulée. Surtout, j’ai appris énormément. J’ai pu approfondir mes connaissances des ressources locales en santé mentale. J’ai pu, et c’est une richesse incroyable, entendre et écouter une multitudes de voix, chacune en son endroit. Une confiance mutuelle s’est développée, au fur et à mesure que je m’attachais à la culture de ces deux groupes et à ceux qui les constituent.

Un beau « duo dynamique » s’est formé avec Yann, qui est un des copilotes usagers du Groupe de Participations Citoyennes. Nous avons un super projet dans les fourneaux, dont je vous réserve le récit pour une autre fois. Yann réalise depuis plusieurs années un travail d’enquête visant à favoriser l’interconnaissance des acteurs rennais de la santé mentale, de tous ceux qui se battent localement pour une autre psychiatrie, n’hésitez pas à visiter son site (3).

Deux projets auxquels je suis très attachée ont émergés des échanges de ces deux groupes.

Le premier est né des réflexions des adhérents et des sympathisants d’un Groupe d’Entraide Mutuelle, le GEM l’Antre-2 (4), autour de la thématique proposée par la SISM cette année : « Santé mentale et respects des droits ».

L’Antre-2 a la particularité d’être une association destinée aux jeunes adultes âgés de 18 à 30 ans en situation de fragilité psychique. Son objectif premier est de rompre l’isolement des personnes et d’en faciliter l’insertion dans la cité. Il permet à ses membres de créer du lien, de prendre confiance en soi et d’acquérir une autonomie sociale. Les personnes de plus de 30 ans peuvent adhérer à l’association, participer à certaines activités et de soutenir le projet des jeunes : ainsi, je suis moi-même sympathisante depuis près de trois ans. C’est un lieu très convivial, vivant, où on peut échanger en confiance. Le cadre est très agréable, et le GEM fait aussi vivre un café associatif bien implanté dans le quartier. Je pourrais vous en parler prochainement plus en détail de cette association que j’adore, si vous en avez envie ?

L’Antre-2 est membre du collectif SISM. Lorsque les adhérents ont commencé à réfléchir à la thématique, « santé mentale et respect des droits », très vite, il est apparu qu’ils souhaitaient travailler autour des soins contraints que sont les hospitalisations à la demande d’un tiers, les hospitalisations d’office, et les pratiques d’isolement, de contention et de médication contrainte. Dès les premiers échanges, l’envie de recueillir des témoignages de personnes ayant vécu des soins contraints à fait consensus.

J’ai rejoint le projet quelques semaines plus tard, lorsque les premières réunions de travail ont commencé. Notre groupe a travaillé à un questionnaire d’enquête, dont les premiers retours seront exposés à l’occasion d’une rencontre dans les locaux de l’association, le mercredi 6 octobre à 18h30, dans le cadre de la Semaine rennaise d’Information en Santé Mentale.

Ce questionnaire, qui vise à recueillir des témoignages anonymisés, je vous propose de vous le présenter dans cet article : « C’est du soin si c’est contraint? », qui inaugure une nouvelle rubrique Projets Collectifs: https://unesibellefolie.com/2021/07/11/cest-du-soin-si-cest-contraint/

Je vous invite à y découvrir ce projet plus en détail, à travers le récit de nos temps de travail, de nos échanges pas toujours simples, souvent sensibles, de nos envies et de nos ambitions aussi, qui dépassent largement ce cadre proposé par la SISM dont nous nous sommes saisis !

Si, comme certains d’entre nous, vous aussi avez été concerné par une ou des hospitalisations contraintes, et si vous avez envie de vous exprimer de manière anonyme sur le sujet, nous serions touché de la confiance que vous nous accorderez.

Le second projet s’inscrit une réflexion menée par le Groupe de Participations Citoyennes du Conseil Rennais en Santé Mentale (CRSM). Ce groupe est composé d’usagers, de professionnels du secteur médicaux social, d’aidants, et d’acteurs associatifs et institutionnels locaux, et travaille trois axes différents : l’emploi en milieu ordinaire, le bénévolat et les médias.

Lorsque j’ai rejoint le groupe qui travaille la thématique des médias l’automne dernier, une vision commune du traitements des sujets liés à la santé mentale par les médias était déjà élaborée, et plusieurs initiatives avaient été menées, auprès des journalistes et des étudiants journalistes locaux.

Cette vision commune, je ne pouvais qu’y adhérer. Les médias, compris dans leur sens large (médias d’information presse et télévision, cinéma, séries…) participent largement à véhiculer des représentations erronées des troubles psychiques, souvent à de seules fins scénaristiques et/ou sensationnalistes. La parole des personnes concernées est très peu présente, et leurs vécus (leurs difficultés, mais aussi leurs parcours de rétablissement) sont invisibilisés. Deux images dominent l’ensemble de ces représentations médiatiques : celle du «fou » dangereux et imprévisible, et celle de l’éternelle victime, participants à la stigmatisation et à l’infantilisation des personnes concernées…

Je n’entre pas ici dans une description plus détaillée, car une présentation plus approfondie de ce projet fera l’objet très prochainement d’un article.

Pour adresser ces questions, l’expérience du groupe de travail avait montré que ni une opposition frontale (dénoncer les pratiques) ni une approche consensuelle ou suggestive (proposer de meilleures pratiques) ne permettaient d’obtenir des résultats satisfaisants. Petit à petit, sont nées l’idée et l’envie de disposer d’un objet théâtral pour inviter à la réflexion et au débat.

Aujourd’hui, cette idée, cette envie a beaucoup grandi ! Le Groupe de Participations Citoyennes dans son ensemble soutient et participe à la création d’une œuvre de théâtre documentaire sur les représentations médiatiques des troubles psychiques. La pièce sera une œuvre de facture professionnelle, où interviendront deux acteurs/rices et un technicien, d’un format d’une cinquantaine de minute et sous une forme légère, la pièce pouvant être jouée ainsi dans une multitudes de lieux.

Elle interrogera les représentations, mais aussi les tendances sociétales qui les soutiennent, et puisera dans un répertoire large : pop culture, presse, discours politiques. La pièce s’appuiera aussi sur un travail d’enquête mené auprès des personnes concernées, des soignants et des rennais.

À l’écriture, Thierry Beucher, metteur en scène rennais et directeur de la compagnie du Théâtre de l’Intranquilité, et… Sarah Jolly ! Je suis ravie de cette belle opportunité, surtout sur un sujet qui me passionne autant !

Nous sommes actuellement dans une phase de développement du projet, et de recherche de partenaires, mais nous entamons aussi petit à petit le processus d’écriture. Je vous présenterais donc très bientôt les questionnaires d’enquête sur lesquels s’appuiera notre travail, dans l’espoir que, peut-être, vous vouliez, chers lectrices, chers curieux, y répondre ou nous aider à les diffuser.

Voilà pour les nouvelles ! C’était un peu long, j’en ai conscience, mais j’avais tellement de choses à vous dire ! Je suis ravie d’avoir enfin partagé avec vous ce qui a constitué une part importante de mon travail cette année !

Je vous laisse découvrir le projet de l’Antre-2 autour des soins contraints plus en détail :

Je vous inviterais très bientôt à répondre aux questionnaires d’enquête pour le projet théâtre.

À la folie !

Sarah

  1. https://unesibellefolie.com/2021/06/06/remise-en-forme-1-echauffement/
  2. Pour plus d’informations, je vous invite à lire le livret de présentation du collectif http://maisondelasante.com/wp-content/uploads/2016/05/Plaquette-collectif-SISM-rennais.pdf
  3. Pour visiter le site de Yann: https://www.infopsyrennes.org/pourquoi-ce-site
  4. Pour visiter le site du GEM L’Antre-2 : https://www.gemlantre2.net/qui-sommes-nous/

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