Du baume à l’âme

Dans cet article, je parle de spiritualité, mais on peut tout à fait superposer à ce terme celui de philosophie, ou de principes philosophiques, ne soyez pas frileux, chers curieux, chères lectrices ! Ce texte a été rédigé fin décembre, après quelques semaines d’humeur en berne, ou de ce que j’aime aussi appeler des « crises de foi ».

En 2012, et à chaque fois qu’elle est survenue, la manie m’a ouvert une porte vers des expériences spirituelles intenses. Des moments mystiques, de communication directe et intuitive avec le divin.

J’ai traversé pieds nus des champs de ronces et d’orties sans me blesser, ma peau a fusionné avec une pierre moussue au bord de l’eau jusqu’à l’assoupissement béat, j’ai dansé toute une nuit avec la lune, j’ai vu dans les iris de l’autre ma moitié, mon double, tous faits du même bois. J’ai pris le train guidée par l’univers, je l’ai laissé investir chaque pas et chaque mot, j’ai rencontré des anges et des démons. J’ai accouché de moi même, plusieurs fois. Mon oreille a saisi des sons révélés, des chuchotements et des messages subliminaux crachés par la radio. Un appel à la paix. J’ai été tour à tour exilée, missionnaire, illuminée. J’ai vu les fils invisibles qui nous relient tous, de la première cellule à la plus grande des montagnes, de nos ventres aux confins de l’univers…

À ce que je viens de décrire, la psychiatrie donne des noms : délire, hallucination, idées de grandeur, accélération de la pensée, exaltation, mysticisme… Dans notre société, comme dans bon nombre de pays occidentaux, les expériences telles que celles que je viens de décrire font peur. Jamais un soignant n’a pris le temps de démêler avec moi ce qui se jouait lors de ces emballements. Comme s’il n’y avait rien là d’intéressant, rien qui puisse faire sens, rien que je puisse m’approprier et réinvestir, rien à partager.

Si vous avez l’habitude de me lire, vous savez que je suis très attachée à me réapproprier la manière dont je pense et dont je nomme mes états extraordinaires. Ces moments de communion avec la nature, avec la création et toutes ses créatures, les messages et les invitations qu’ils m’offrent, et, surtout, la sentiment intense qui les accompagne d’être à ma juste place, le bien-être profond que j’ai ressenti à chaque fois, tous m’intiment d’en rechercher le sens plutôt que de les disqualifier.

Je ne cherche pas à glorifier la manie, ni à vous inviter à la rechercher ou la provoquer. Moi même, jour après jour, je produits tous les efforts possibles pour la maintenir à une juste distance. Je suis consciente du coût que représente chaque montée, pour moi et pour mes proches, je n’ai aucune envie d’être vidée de toute énergie, de connaître à nouveau les violences de l’HP, de prendre le risque de voir mes projets exploser au vol…

Bien sûr, j’ai piqué des crises de larmes et de nerfs lors de ces phases maniaques, elle faisaient écho au sentiment d’être incomprise et d’être moi-même dépassée par la force de l’emballement. J’ai déversé l’étau d’angoisse qui me prenait au corps d’être déchue, d’être une indésirable. J’ai beaucoup parlé d’argent, parce que j’en avais peur, j’avais peur de ne plus subvenir à mes besoins. J’ai beaucoup flambé aussi, sous cette même impulsion divine que j’ai décrit plus haut, ces voix qui me disaient que l’univers est abondance et que je prenais au pieds de la lettre . J’ai beaucoup parlé des maux du monde, de l’humain qui détruit l’humain, des enfants à qui on ne laisse aucune chance…

À l’hôpital, surtout, j’ai servi aux soignants des diatribes de haine, des pamphlets véhéments, à la hauteur des violences que l’institution psychiatrique nous fait subir. J’ai insulté mes proches parce que je me sentais trahie, livrée sans moyens de défense à mes tortionnaires.

Encore aujourd’hui, alors que je ne vis plus que les prémices de l’emballement, à chaque fois que ceux-ci apparaissent, ils sont l’écho d’une situation qui me fait violence. Ce qui a explosé en 2012, c’était tout ce qui était contenu, réprimé en moi. C’était mon corps et mon esprit qui me disaient : « Tu crames ta vie par les deux bouts ». En 2012, l’explosion a fait place à une terre brûlée , un chantier gigantesque. Aujourd’hui, quand mon esprit s’emballe ou ralenti, c’est pour me dire « Attention. », pour mettre à jour un déséquilibre qu’il faut corriger.

Je n’ai pas peur d’assumer cette apparente contradiction : la manie, c’est le symptôme d’un déséquilibre, d’un esprit et d’un corps malmené, le résultat d’un stress intense ou d’un grand bouleversement, mais c’est aussi les sens en éveil et des facultés psychiques extraordinaires et un rapport au monde magnifié. Je refuse que ces états soient systématiquement et exclusivement perçus comme négatifs. Pour moi, la manie est à la fois destructrice et révélatrice, dans des proportions qui m’appartiennent à moi seule. Je la porte en moi à l’état de potentialité, ainsi, elle peut être une compagne lumineuse (1). Je crois que la manie est le reflet de ce qui se meut dans mes tripes, elle n’est pas déconnectée de moi, bien au contraire. Un de mes amis m’a un jour dit après une phase maniaque dont il a été témoin que j’étais complètement à poil, au sens du cerveau et de l’âme dénudés, et que c’était plutôt beau. Si c’est la dimension spirituelle qui prend le dessus lorsque la manie se manifeste, j’y vois une invitation et non quelque chose à réprimer.

Manie après manie, dépression après dépression, cette invitation est toujours renouvelée : prends soin de toi, respecte toi, aime toi ! C’est ce premier cadenas, celui de l’estime et de la confiance de soi muselées, qu’il a fallut faire sauter. Ensuite seulement, j’ai pu reprendre les rennes, et commencer à construire une vie qui me convienne, à petits pas d’abord, puis avec de plus en plus d’assurance. J’ai pu m’ouvrir à nouveau à l’altérité, j’ai réappris à me placer dans le monde. Aujourd’hui, si je suis capitaine de mon vaisseau, c’est aussi parce que j’ai développé un monde spirituel riche.

En sus de tout ce que je mets en place au quotidien pour m’assurer la meilleure santé psychique possible – l’hygiène de vie, le maintien d’un équilibre global qui me rend moins fragile face aux secousses de la vie, les médicaments, les relations thérapeutiques vertueuses, etc – mon quotidien est infusé de rappels et d’incitations à décaler mon regard, entrevoir des solutions qui m’étaient invisibles.

Je n’ai plus besoin de grandes opérations de nettoyage de mon âme ni de grands défrichages de mes pensées. Il s’agit plutôt d’affiner, de mettre à jour, de dire adieu et d’accueillir le neuf et le beau. Du travail d’orfèvre, plutôt que de la démolition. Un ouvrage infini qui m’accompagne au quotidien, et qui est la plupart du temps léger et joyeux. J’essaye d’avancer dans la vie sans certitudes, sans opinions rigides, je suis prête à me laisser surprendre.

Bien sûr, une partie de ce travail a été effectué dans le cadre de psychothérapies auprès de psychiatres-psychanalystes. Je ne peux que vous inviter, très chers pairs, à trouver un ou une thérapeute qui vous convienne : il est des nœuds que l’on ne démêle pas seul ! Je me souviens non sans tendresse que lorsque j’ai commencé le travail de psychothérapie, j’étais convaincue qu’il fallait tout raser pour reconstruire… Ce que j’ai appris, surtout, c’est de me traiter avec douceur. Pour autant, il est des choses qui échappent aux méthodes et aux préceptes de la psychiatrie et de la psychanalyse, des choses qui ne peuvent être enfermées dans une case, ou un concept, encore moins dans une molécule ou une connexion neuronale !

En parallèle de ces séances, je travaille petit à petit depuis 2012 à être autonome dans la manière dont je soigne mes blessures. J’ai construit des outils qui me permettent de virer de bord, de changer de point de vue, de laisser mourir en moi et autour de moi ce qui ne me convient plus. Et, surtout, je cherche un chemin qui soit un chemin de joie, un chemin d’amour. Je ne cherche pas la béatitude, je suis en quête de plus de clarté, de plus de sérénité. Je ne fuis pas les difficultés ou les conflits. Je ne cherche pas à me protéger des piques de la vie, au contraire, je cherche à vivre pleinement.

J’ai envie de partager avec vous quelques mots sur mon pèlerinage intérieur.

Les questionnement liés au divin, aux croyances et à la foi sont d’abord ancrés dans mon enfance. Je ne suis pas baptisée, et j’ai été bercée d’athéisme. Je suis allée quelquefois avec plaisir à la messe avec mes grands mères, chapardant une hostie à l’occasion. J’ai aussi beaucoup discuté avec mon amie L., qui allait au catéchisme. La façon dont elle parlait de son rapport à dieu me passionnait.

Ce qui m’intéressait, rétrospectivement, ce n’était pas tant la religion dans ses aspects rituels et liturgiques que le rapport individuel, personnel au divin. Je crois que j’étais attirée par la façon dont on pouvait adhérer à un système de valeur, à un code moral et éthique, mais aussi, et peut-être surtout, par la relation métaphysique, presque magique, entre soi et l’ensemble de la création. Dans mon esprit, la prière s’entremêlait avec le rêve.

Je comprenait, un peu plus tard, que le lien pouvait être rompu, quand une de mes grands mères m’a confié qu’elle ne trouvait plus de refuge dans la croyance, et que le lien entre elle et dieu avait toujours été ténu. Je crois que c’est le lot de beaucoup de croyants, ce va et vient. Moi aussi, je m’éloigne et me rapproche de la foi que je me suis construit, ce n’est pas linéaire.

Ce lien au divin s’estompe pendant mon adolescence. Je ne comprends pas toutes les atrocités commises au nom des religions, je ne comprends pas qu’on se dise « croyant » en votant FN et en professant un discours de haine à l’égard des exilés, en étant homophobe, je ne comprends pas le sort fait aux femmes au nom de la religion partout sur le globe, qu’il s’agisse de leur refuser le droit à l’avortement ou de les transformer en biens corvéables à merci, je ne comprends pas les murs dressés… Je ne comprends pas le besoin de « s’encarter » auprès d’une institution religieuse, quelle qu’elle soit, d’être prêt à tuer pour elle…

Pour dire vrai, durant ces années d’adolescence et d’entrée à l’âge adulte, mes préoccupations sont ailleurs : je veux une vie trépidante, j’explore ma sexualité, j’explore la fête et ses substances. La spiritualité passe en arrière plan d’une vie bien (trop) remplie par les copains, la fête, les études d’histoire et le boulot… Je rêve de et poursuis l’aventure avec une témérité et une naïveté assez hallucinantes.

Entre 2008 et 2011, je fais deux longs séjour en Inde. Le premier, six mois de voyage en solo, entrepris comme une quête sans but met une claque méritée à mon arrogance et ma candeur. Lors du second, j’ai la casquette d’étudiante, et je me meus au sein d’une troupe cosmopolite, et donc de sensibilités religieuses très variées. Mon expérience de l’Inde rejoignant en grande partie les clichés, nombre des moments les plus mémorables de ces séjours sont liés à la spiritualité.

Il serait ridicule d’en faire ici le catalogue. Des fêtes de Holi et Diwali aux poojas, des temples suspendus à la montagne aux ablutions dans le Gange, des fêtes de l’Aïd au Cachemire à la lecture du coran avec les copains afghans et aux débats passionnés qui s’ensuivaient, des initiations au yoga et à la méditation ou de la philosophie bouddhiste aux messes chrétiennes de Noël, des chants et des danses au mantra qui m’a été confié, j’ai été tour à tour bouleversée, intriguée, sceptique, éblouie, convaincue…

Il est difficile de choisir un seul moment à vous raconter. Pourtant, alors que j’écris, un rituel particulier attire mon attention. Accueillie depuis quelques jours dans un ashram (monastère hindou), je choisi de participer à une session de formation d’une semaine à la technique de méditation du gourou (maître spirituel). J’adhère à cette proposition de formation car je suis sensible à la pensée qui est développée à l’ashram, très proche, bien qu’hindouiste, de la voie du milieu bouddhiste. Avant d’entamer la semaine de cours, tous les apprentis sont réunis à l’aurore dans le temple, et il nous est demandé de déposer notre ignorance au feu avant d’entamer l’apprentissage. C’est une profession de foi que je renouvelle régulièrement : elle m’invite à être humble de tout ce que je ne sais pas, et déterminée à laisser l’expérience à venir me transformer, à accueillir le changement sans peur, elle m’invite à porter régulièrement un regard neuf sur le monde.

Ce que je n’ai eu de cesse de rechercher dans cette première partie de ma vie se précise, puis s’impose à moi. Ce qui me fait du bien, ce qui résonne, c’est ce qui, dans toutes ces religions, ou plutôt dans toutes ces discussions autour de la foi ou de la croyance, fait commun. Je n’ai pas besoin d’adhérer au système de croyance de mon interlocuteur pour que nous puissions partager des valeurs communes. Pour autant, celles-ci n’émergent que si les bases de l’échange sont l’écoute, l’empathie, le respect.

En 2012, avant l’explosion, je ne sais toujours pas bien ce que ça veut dire pour moi, être croyante. J’ai la foi, mais je ne la nourris pas au quotidien. C’est plutôt un rapport d’humilité et de respect de tout ce qui est invisible, mystérieux, de ce que la vie a de sacré. Si l’on me pose la question, je réponds volontiers que je suis agnostique.

Et pourtant, en 2012, il m’est impossible de nourrir cette foi, elle devient vide de sens. Tout mon monde s’écroule (2). Je suis malade des intestins tous les jours depuis 3 ans, j’arrête mes études parce que je suis épuisée, j’entame un régime pour me soigner qui met ma vie sociale à rude épreuve, je suis très seule, je n’ai pas de projet et je ne supporte pas le vide, alors je le remplit de fumées entêtantes, je ne dors plus, je vis des émotions et une agitation intérieure que je n’avais jamais connus, je me rends compte tous les jours que je vis une réalité qui n’est pas celle de ceux qui m’entourent… J’ai un rapport obnubilé au Prophète de Khalil Gibran, aux chansons de Lauryn Hill. Je cherche à nourrir mon âme qui est à l’agonie.

Au printemps, je décolle pour des sommets qu’aucun alpiniste n’a atteint. Je connais un enfermement ultra violent. Je sors de l’hôpital avec une camisole chimique qui, levée quelques mois plus tard, fait place à une dépression abyssale. Je suis anéantie, je n’ai plus de forces, plus d’espoir, je ne sais plus qui je suis, je ne ressens plus d’amour pour rien, ni pour moi-même ni pour quoi ou qui que ce sois. Je suis au commencement d’un cycle de 3 ans où je serais constamment tiraillée par la manie et la dépression. Mon monde est réduit à peau de chagrin et tourne en boucle autour de mes tripes broyées.

Au fil des articles du blog, j’ai beaucoup déjà beaucoup parlé de mon « odyssée », des différentes phases de mon rétablissement, mais jamais je crois, ou alors très succinctement, sous cet angle précis de la spiritualité. Si je vous ai invité à apprécier mes questionnement et ma relation au divin avant l’explosion de 2012, c’est parce qu’une grande part des sursauts de vie qui ont continué de s’agiter en moi dans ces premiers mois où la bipolarité me terrasse plus que je ne l’apprivoise ont été par bien des aspects merveilleux : un sursaut créatif au milieu de semaines de douleurs immobiles, une main tendue que l’on attendait pas, la constitution autour de moi d’un petit village, certes peu peuplé mais jamais désert… Ce qui a compté c’est le regard porté sur toutes ces choses, et la gratitude qui en découlait.

Je crois sincèrement qu’il est impossible de ne croire en rien. Même le plus athée des athées a un système de croyance qui détermine son action dans le monde et son rapport aux autres. Développer en soi un monde spirituel positif, nourricier, optimiste est salutaire lorsqu’on se bat avec nos pathologies chroniques !

Pour me rétablir, j’ai dû construire la conviction que si je me mettais au travail, pas à pas, ma vie deviendrait plus belle, plus grande. Cette conviction, elle avait ses racines dans l’avant-crise, mais il a fallut l’exhumer ! Rien dans le désert qu’étais ma vie ne m’y invitait. Ou plutôt si, mais parce que je l’avais choisi, la plus petite oasis, quelques secondes volées à la douleur étaient autant de signes que j’étais sur la bonne voie. Petit à petit, la manière dont le monde se transformais autour de moi renforçait ma croyance qu’il m’était possible de me reconstruire et de reconstruire une vie que j’aime.

Une des clés de mon rétablissement, c’est ce que cette croyance impliquait : j’étais résolue à changer, à me transformer.

J’ai pu, et peut-être l’ai-je fait au fil des articles d’USBF, comparer le rétablissement à une progression en escalier, avec des marches très inégales, mais c’est en fait un jeu de va et viens, de chutes et de rechutes, de bonds en avant, de pas de côtés… si bien qu’il est souvent difficile d’entrevoir une progression réelle. J’ai la sincère conviction que pour moi, c’est cette attitude que j’ai décris plus haut qui m’a permis de mettre à jour tous les signes de progrès, même ténus. Croire m’a permis de célébrer chaque victoire. La foi c’est ça aussi, c’est l’assurance qu’en avançant, décision après décision, un autre monde pour soi est possible.

Cette foi, c’est la conviction qu’il n’y a pas de fatalité. Le sort ne s’acharne pas sur moi. Ma marge de manœuvre pour penser et panser mon monde, pour le façonner est gigantesque. Pas du jour au lendemain, pas d’un claquement de doigt, certes, mais même concernant ce que je ne peux apparemment pas changer, je peux modifier mon attitude et mon regard de telle sorte que l’insupportable deviennent supportable, et même parfois, positif.

Il me paraît évident que le succès du développement personnel réside dans une « crise des âmes » symptomatique de l’époque. Mais, et c’est un jeu auquel je me suis moi-même un peu perdue, on a tendance à s’y plonger à la recherche d’une recette magique, d’un discours qui tout d’un coup débloquerais un verrou en nous, ou viendrais fournir une explication… Je ne vais pas m’étendre ici trop longtemps sur le sujet, seulement pour dire que je pense qu’il est illusoire de croire qu’on puisse développer son monde intérieur sans réellement l’investir. On ne développe pas l’amour et la joie en soi sans un travail ou une pratique régulière.

La foi demande d’être renouvelée. Les événements de la vie auxquels il faut faire face, nos blessures et celles que l’on inflige nous invitent à décaler notre regard, à laisser mourir des parts de nous pour que puissent éclore le neuf et le beau. La foi demande de l’entretien, et elle est aussi intimement personnelle.

Si une technique de développement personnel vous parle, essayez la vraiment ! Si vous êtes sensibles aux paroles d’un sage, d’un maître spirituel ou d’une personnalité que vous admirez, laissez leurs paroles abonder votre quotidien. Il en va de même avec toutes les techniques qui permettent de se connecter à soi : la méditation et le yoga portent leurs meilleurs fruits dans le cadre d’une pratique régulière. Surtout, il n’y a aucun dogme, aucune notice universelle : des choses aussi diverses que la lecture, l’observation de la nature, la pratique de la danse, du sport, la création artistique ou artisanale, ou même l’astrologie et le tarot peuvent être des outils tout à fait adéquat pour prendre soin de son monde intérieur.

Mon invitation est donc aussi pour vous, très chers pairs qui seriez encore dans la tourmente, d’aller puiser des forces dans ce qui constitue votre parcours philosophique. D’essayer de vous reconnecter à votre boussole interne en insufflant à votre quotidien des temps et des supports qui vous aident à grandir et à faire grandir la lumière en vous.

Ma Si Belle Folie, c’est pour moi les manifestations folles de mon âme. La manie, c’est mes tripes qui s’échappent de la cocotte minute que je crée en n’étant pas attentive à mes besoins. En début d’article, j’ai esquissé ce que mes épisodes maniaques pouvaient renfermer de « révélations », mais aussi qu’ils s’agissait là de signaux brouillés. Lorsque je travaille à développer un monde intérieur riche, aimant pour moi et pour l’autre, je développe un lien de moi à moi basé sur l’écoute et la confiance. Tout ce qui explose dans la manie, je le retrouve sous la forme d’émotions, d’intuitions. Je me sens même souvent guidée, sans distinguer s’il s’agit de ma petite voix ou d’une invitation extérieure. La manie et moi sommes réconciliées, elle n’a plus besoin de me mettre K.O.

La dépression, que j’ai la chance de connaître aujourd’hui dans des formes adoucies, est aussi une manifestation folle de mon âme. Elle me dit : récupère, change de cap, fait le ménage, prends soin de toi ! Elle s’efface si, petit à petit, je réapprends à m’aimer.

Dans la rubrique « Boîte à Outils », je vous ai présenté ce que j’appelle mon « Tableau de Bord » (3), cette capacité que j’ai construit grâce à la psychoéducation (4) à faire rapidement un petit check up mental de mon état de santé. Cette habitude c’est en fait ce qui découle de la conviction qu’il est très intéressant de me penser telle un éco-système. Pour que j’aille bien, il faut que les besoins de mon corps, de mon esprit et de mon âme soient comblés. Je pense la maladie, et les symptômes liés à la bipolarité comme autant de signaux d’alarme qui m’invitent à aller chercher le trop plein ou le déficit (d’exercice, de nourriture, de compagnie, de peur…), à penser en terme de qualité, de satiété, de satisfaction, de confort aussi bien que leur contraire. J’essaye à chaque fois d’identifier le levier à actionner.

Je pense l’humanité aussi en terme d’écosystème. Il est normal que nous soyons malades dans ce monde où tant d’êtres humains sont réduits à la survie, manquant de nourriture, manquant d’un toit, enfermés, torturés, bombardés… Dans ce monde que nous nous acharnons à ravager au nom du profit, d’une consommation bien au-delà du confort, d’une consommation obscène… Dans ce monde où nous sommes soumis à un flux d’informations gigantesque, constant, étouffant… Dans nos sociétés où on nous demande d’être toujours plus compétitifs, plus flexibles, où on nous demande de gérer nos aspirations, notre santé physique et mentale comme autant de portefeuilles d’actions.

Notre hypersensibilité, la façon dont nous ressentons tous ces cris d’alerte et de désespoir, dont ils raisonnent au plus profond de nous, et même si parfois ces derniers peuvent nous terrasser, est un cadeau. À travers elle, c’est notre humanité qui s’exprime, et qui nous invite à faire de notre vie une œuvre commune. Chacun d’entre nous peut s’y engager, où qu’il ou elle soit, quelque soit son métier, quelque soit son statut social. Nous pouvons tous et toutes, à notre échelle faire changer les choses. La seule condition est de d’abord, et toujours, prendre soin de soi. D’abord, et toujours, s’aimer soi.

Ce voyage intérieur n’aura jamais de fin, et c’est tant mieux. Il est tout sauf austère ! Il m’a permis de me nettoyer de tant de haine, de tant d’illusions… Il m’apprends à vivre au présent. J’ai encore du chemin à faire, de ce côté, car si je suis guérie des angoisses d’anticipation qui m’ont longtemps paralysées, c’est encore dur de lâcher prise, d’être légère.

Ce que j’ai appris de plus intéressant selon moi, c’est de ne plus me sentir coupable (envers moi même, les autres, le monde) mais responsable. Je ne m’auto-flagelle pas, je réfléchis, je réajuste, je pardonne et je me pardonne. Je souhaite avoir une attitude au monde et à l’autre bienveillante, et cultiver la gentillesse et la courtoisie, j’essaye d’avoir une empreinte sur le monde la moins néfaste possible, la plus bénéfique possible. Je sais que je porte en moi la potentialité du bien, et la potentialité du mal, j’opère les choix qui me semblent justes, je ne cherche pas à blesser gratuitement, et pour autant je sais et j’entrevois là où je blesse, et je sais qu’il est des blessures que j’inflige qui sont invisibles. Je ne suis pas une sainte, je ne le serais jamais, bien des intentions en moi sont encore troubles, les bonnes étant souvent les plus difficiles à clarifier…

Je cultive une vision du monde qui ne soit pas manichéenne (au sens premier, celui de l’équilibre entre le bien et le mal), car, puisque j’en fait l’expérience en moi et autour de moi, la possibilité d’un déséquilibre en faveur de la beauté, de l’altruisme, de la justice, n’est pas inaccessible à l’humanité !

Apprenons à transformer la rage en combat lumineux !

Je cherche une voix qui ne soit ni tendre la joue après l’humiliation, ni rendre les coups œil pour œil, dent pour dent. Je ne pense jamais que le sort s’acharne sur moi. Cette pensée peut me traverser brièvement, en temps de grande lassitude, mais je sais que je suis la seule architecte de mon rapport au monde. Je ne me sens pas victime, ni de la bipolarité, ni de quoi ou qui que ce soit. Je ne nourris pas la haine et l’esprit de revanche, mais je n’hésite pas à faire ce qu’il faut pour me protéger ou à me battre si j’estime que le combat est juste. Je me sens de plus en plus libre, parce que je suis plus lucide de ce que je peux transformer, de ce sûr quoi je peux agir et ce qui est hors de portée, indépendant de ma volonté.

Il n’y a que moi qui construise mon rapport au monde et à moi-même. Pour autant, lorsque la foi nous quitte, ou lorsque, comme en 2012-2015 elle était entravée par des nœuds complexes et solides, je sais que nous traversons parfois des nuits sans fin. Écoutez ceux qui vous encouragent avec sincérité, toutes ces voix qui autours de vous affirment avec ferveur que vous allez surmonter les obstacles. Ces voix passent le relais jusqu’à ce que la votre renaisse, jusqu’à ce que vous soyez réconciliés.

Je ne résiste pas à vous suggérer d’écouter cette magnifique chanson d’Oxmo Puccino :

Plus que jamais, à la folie,

Sarah

Liens vers les articles USBF cités plus haut:

  1. Chère Manie: https://unesibellefolie.com/2020/08/16/chere-manie/
  2. Recette d’une Explosion Réussie 1 et 2: https://unesibellefolie.com/2020/06/28/recette-dune-explosion-reussie/ et https://unesibellefolie.com/2020/07/02/recette-dune-explosion-reussie-2/
  3. Tableau de Bord: https://unesibellefolie.com/2020/07/09/tableau-de-bord/
  4. Psychoéducation? https://unesibellefolie.com/2020/11/15/psychoeducation/

4 réflexions au sujet de « Du baume à l’âme »

  1. Bonjour Sarah
    Je n’ai pas encore pu explorer toutes vos publications mais j’aimerais réagir pourtant au plaisir et à la complexité de vous lire. Etant en dépression (je dirais modérée en ce moment) je ne sais pas si je vais réussir à expliciter et ordonner ma pensée.
    Votre recul et votre analyse de ce chaos qu’est la vie « bipolaire » force l’admiration, et c’est certainement ce qui vous « sauve ». Mais, ces capacités font que votre blog est « élitiste ». En effet, les témoignages et questions de personnes bipolaires sur des groupes bipos de FB, témoignent d’une grande détresse, détresse souvent exprimée sans recul ni possibilité de mise perspective, avec un vocabulaire « pauvre » témoignant d’une difficulté à penser l’ici et maintenant. Mais comprenez moi bien, je ne suis pas dans le jugement, juste la perception que j’en ai.
    Vous avez, vous, les outils cognitifs, témoignant de votre intelligence, de votre formation (universitaire sans doute), de votre culture vous permettant de penser la maladie, analyser votre histoire et en restituer un chemin psychologique et philosophique, pour une analyse riche et maîtrisée.
    Bref, je pense que votre réflexion est inaccessible à nombre de personnes désespérées et en situation d’incompréhension totale de cet état qu’elles subissent, n’ayant d’autres solutions que la passivité ne leur permettant aucun espoir.
    De façon évidente, écrire vous aide à ces » grandes opérations de nettoyage de mon âme » et aux  » grands défrichages de mes pensées »,(je vous cite). Mais je pense que vos textes, remarquablement écrits (fond et forme), longs doivent en décourager beaucoup, voire les culpabiliser.
    Dans mon état, un peu léthargique, je viens de faire un effort cognitif important pour écrire ces lignes, je suis épuisée psychiquement !
    J’ai eu la chance d’avoir eu une formation et une vie professionnelle dites « intellectuelles », c’est cela sans doute qui m’aide à m’accrocher pour vous suivre !!
    Sur l’article que je viens de lire, je dirais qu’étant absolument athée, mais non agnostique, j’ai foi encore en l’humanité ! Vaste programme dans ce monde.
    Au plaisir encore de vous lire ou d’échanger.
    Continuez !

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    1. Merci pour vos compliments et vos encouragements :). Je suis très sensible à votre avertissement quand à l'(in)accessibilité de mes articles. J’aimerai vous proposer une réponse, et une invitation. Le blog est construit de telle façon que la partie « journal » est plus libre, plus collée à mon histoire, et, de fait, moins didactique ou pédagogique que les rubriques essais et boîte à outils où je propose des réflexions plus pratiques. Votre avertissement vient à point nommé: je pense que je dois être plus rigoureuse sur le vocabulaire que je choisis. Les troubles de l’humeur impactent nos vies de manière envahissante, et complexe, et j’essaye d’explorer cette complexité pour donner des conseils. Pour l’avoir vécu, entre 2012 et 2014, je sais que nous traversons des états où travailler de manière active est impossible, où nous devons gérer l’urgence, la survie. Moi-même, encore aujourd’hui, je vis des moments où lire et à fortiori écrire est difficile, mais je crois que j’ai envie d’être ambitieuse vis-à-vis de mes lecteurs, pour qu’ils puissent, dès l’éclaircie, se remettre en chemin tout en étant encouragés, accompagnés à le faire. De la même manière, le blog est aussi à destination des aidants, de mes collègues pair-aidants, et du grand public, j’essaye donc d’être précise dans mes analyses. J’aimerai, si vous en avez envie, sans pression ni contrainte de temps, que vous me donniez votre avis sur ces textes ou l’un d’entre eux: « Bipolaire? » qui décrit la maladie, « Le Bon Mécano », deux articles pour aider à la recherche d’un thérapeute, et « Plaidoyer pour le rétablissement ». Sont-ils accessibles? Pensez vous qu’une version courte de certains textes serait intéressante? Je vous souhaite une belle soirée et j’espère que vous retrouverez bientôt une humeur plus douce. Encore, merci!

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  2. Bonjour Sarah, j’ai lu avec grand plaisir votre article. Je m’y suis reconnue dans la description des phases maniaques, notamment dans la notion d’accouchement de soi-même et de défiance vis à vis des proches. Pour le retour à une situation plus équilibrée, j’adhère aussi au fait que la clef de voûte est le fait de s’accepter et de s’aimer tel qu’on est. De trouver son chemin. Moi c’est grâce à la peinture et à la sculpture que j’ai découvert ma forme d’expression à moi même et au monde. Et oui chacun peut à sa façon contribuer à rendre le monde meilleur grâce au partage bienveillant et à la gratitude envers tout ce que la vie nous offre. Merci encore pour vitre propre partage à travers ce blog. Claude-Lise

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    1. Merci beaucoup Claude-Lise! Votre retour, et quelques autres que j’ai reçu après avoir posté cet article me font beaucoup de bien, car je me suis souvent sentie très isolée avec ces expériences particulières du monde. Je suis vraiment rassurée de voir que d’autres que moi peuvent y associer aussi des éléments de sagesse, de beauté, de sacré…

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